Les biberons

Biberons: "Un rapport confus"

Dans un rapport, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) émettait vendredi des doutes sur le bisphénol A, une substance contenue dans de nombreux récipients alimentaires en plastique, tels que les biberons. Depuis, de nombreuses associations sont montées au créneau demandant des mesures concrètes. Le point avec le Dr Patrice Halimi, chirurgien-pédiatre et secrétaire général de l'Association santé environnement de France (Asef), contacté par leJDD.fr.

Sur la question du bisphénol A (BPA), l'Afssa évoque des "effets subtils" et des "signaux d'alerte". Pourtant, l'agence entend mener des études supplémentaires avant de prendre une décision concrète. Qu'en pensez-vous?
Je pense que l'Afssa attend sagement la réunion d'avril de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). A la suite de la décision canadienne [qui a interdit le BPA en 2008, ndlr], et alors que certains états américains se mettent à interdire le bisphénol, l'Efsa a décidé d'organiser une réunion au début du mois d'avril afin de prendre des mesures concrètes sur le sujet.

«L'Afssa doit donner un avis clair.»

 

 

Ce sera trop tard, selon vous?
La réunion va, sans aucun doute, déboucher sur des mesures concrètes. En 2009, il y a eu une quinzaine d'études internationales sur le problème du bisphénol A. La pression monte et les choses vont changer. Aujourd'hui, l'Afssa nous dit qu'il y a des "risques subtils"… L'Europe, de son côté, se saisit également du problème. Au final, en attendant la réunion d'avril, on va perdre trois mois avant de le traiter concrètement. L'issue est inéluctable et, malgré ça, l'Afssa nous sort un avis très théorique qui ne répond pas aux questions des citoyens. C'est ce qui nous désole. Alors que le rapport était très attendu, on se retrouve avec un avis mi-chèvre, mi-chou.

L'Afssa se justifie en rappelant qu'elle ne peut pas interdire le bisphénol A, car c'est une décision qui doit se prendre au niveau européen…
Nous ne lui demandons pas d'interdire le bisphénol A mais de proposer une démarche. L'Afssa n'est effectivement pas un législateur. Mais les législateurs – qui sont nos élus – décident grâce aux avis émis par une agence sanitaire. Donc si l'Afssa avait déclaré "qu'il serait mieux d'opter pour un processus de substitution", il est certain que les autorités auraient suivi cette démarche là. Avec ce dernier avis, l'agence met aussi les autorités dans une espèce d'impasse: soit la ministre de la Santé va à son encontre en décidant que le BPA est dangereux, soit elle prend le risque que ça ne le soit pas. Le but de l'Afssa est normalement de donner un avis clair et non-confus, là ce n'est pas le cas.

«Se prononcer vers une démarche rassurante.»

La baisse de la "dose journalière autorisée" fixée par l'Efsa est-elle une solution ?
S'il est clair que l'on se dirige vers une baisse de cette dose, il ne sera pas possible d'éradiquer la totalité du bisphénol A car il y en a partout. Mais, puisque c'est possible, autant l'exclure des produits de grande consommation destinés à être chauffés tels que les biberons ou les Tupperware. C'est effectivement de la prévention primaire, mais au moins tous les risques sont évités.

En tant que médecin, vous demandez finalement à l'Afssa des pistes concrètes pour conseiller vos patients?
Effectivement, nous voulons savoir ce que nous devons mettre en pratique au quotidien. Les termes utilisés par l'Afssa ["risques subtils", "signaux d'alerte", ndlr] ne permettent pas de lever l'angoisse. Nos patients posent des questions très simples et veulent des réponses concrètes. Au final, beaucoup de médecins adoptent le principe de prévention: "j'ai un doute, j'ai un moyen de substitution, je m'en sers". Et si dans dix ans, on nous explique que le bisphénol A n'a finalement aucune toxicité, nous n'aurons alors aucun regret. Mais, puisque de plus en plus d'études expriment des doutes envers le bisphénol A, autant se prononcer vers une démarche rassurante pour l'avenir.

Propos recueillis par Anne-Charlotte Dusseaulx - leJDD.fr

Lundi 08 Février 2010

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site