Greffes de cellules souches

Des greffes de cellules souches pour soigner les diabétiques

 

Jean-Michel Bader 14/04/2009 | Mise à jour : 23:25 | Le Figaro

L'autogreffe de cellules souches prélevées dans la moelle osseuse de patients insulinodépendants leur a permis de produire de nouveau de l'insuline.

Nouvel espoir dans le traitement du diabète insulinodépendant. Grâce à une autogreffe de cellules souches prélevées dans leur propre moelle osseuse, vingt-trois diabétiques volontaires ont pu se passer des piqûres quotidiennes d'insuline pendant quatorze à cinquante-deux mois d'affilée. Un des diabétiques a même tenu plus de quatre ans sans injections, quatre patients pendant trois années de suite et trois autres pendant deux ans. Les quinze patients les plus récemment recrutés qui ont bénéficié des dernières améliorations techniques apportées par l'équipe du Pr Richard Burt, de la Northwestern University de Chicago, dans l'Illinois, n'ont toujours pas besoin d'insuline dix-neuf mois après l'intervention.

Après les greffes de cellules pancréatiques produisant de l'insuline expérimentées au début des années 2000, les greffes de cellules souches de la moelle osseuse marquent un nouveau tournant. Richard Burt publie mercredi matin dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) l'étude suivie sur trois ans d'une cohorte de 23 patients diabétiques ayant tous reçu une greffe de cellules souches.

Avantage premier de cette greffe : comme le patient reçoit ses propres cellules, il n'a pas à prendre un traitement immunosuppresseur à vie, contrairement à ce qui se passe lors des greffes de cellules pancréatiques, ce qui permet d'éviter tout effet secondaire. L'étude est totalement pionnière et beaucoup de questions restent en suspens.

On ne sait pas, par exemple, quelles cellules dans la moelle osseuse peuvent se différencier en cellules pancréatiques et être capables de produire de l'insuline. Il pourrait s'agir de la cellule souche hématopoïétique de moelle osseuse (HSC), connue pour se transformer en cellule du foie. Un autre candidat est une cellule récemment découverte, la cellule pro génitrice adulte multipotente (MAPC) : elle peut donner des cellules filles de presque tous les tissus et organes du corps. On ne sait pas non plus où ces cellules souches vont se loger.

Pour les victimes du diabète de type 1 (dont le nombre s'élève à environ 150 000 en France), la maladie se caractérise par un déficit de production de l'insuline, cette hormone qui joue un rôle majeur dans la gestion des substances énergétiques, dont le glucose du corps. C'est en général la destruction de cellule bêta du pancréas (dans les îlots de Langerhans) qui explique le tarissement de la production d'insuline, parfois dès l'enfance. Mais le diabète peut aussi venir d'une résistance des cellules à l'insuline comme c'est souvent le cas dans le diabète gras de la maturité.

Marqueurs spécifiques

 

Le pancréas doit toujours garder constant un nombre de cellules bêta, sinon c'est le diabète. La question clé est donc celle du renouvellement de ces cellules. Or, dès 2003, Markus Stoffel (Rock­feller University, New York) avait évoqué dans le Journal of Clinical Investigation la possibilité qu'il y ait, dans la moelle osseuse, une source de cellules ancêtres des îlots de Langerhans. Certaines de ces cellules dérivées de la moelle expriment en effet les marqueurs spécifiques des cellules de Langerhans : un gène transporteur de glucose (Glut-2) et plusieurs protéines spécifiques de ces cellules pancréatiques (qui aident au «recopiage» de l'ADN en ARN dans la cellule).

Le résultat de l'essai clinique réalisé par le Pr Richard Burt pourrait bouleverser complètement la recherche dans ce domaine. En effet, depuis 1988, plus de 500 transplantations de cellules pancréatiques de donneurs à des diabétiques insulinodépendants ont été réalisées dans le monde. Mais la préservation et la sélection des cellules à greffer restent très délicates, et les résultats cliniques sont restés médiocres : environ 11 % des patients greffés restent libres d'injections d'insuline un an après la transplantation.

Et tous doivent prendre à vie un traitement immunosuppresseur, ce qui n'est pas le cas de l'autogreffe promue par Richard Burt.

 

 

 

 

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