Lille au coeur de la recherche

 

Lille au cœur de la recherche sur le diabète

 

Trois équipes de recherche de pointe sur le diabète s'associent au sein d'un Institut européen de génomique du diabète. Ambition : positionner Lille à la pointe de cette recherche. Il y a de bonnes raisons.


FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Dans leurs spécialités respectives, ce sont des pointures. Le professeur Philippe Froguel, qui dirige une unité mixte de recherche du CNRS et de l'université de Lille 2 appuyée par l'Institut Pasteur. Elle travaille sur l'élucidation des bases génétiques du diabète et de l'obésité. Le professeur François Pattou dont l'équipe, labellisée par l'INSERM, s'est spécialisée dans la restauration de l'insulino-sécrétion chez les patients diabétiques, notamment par la thérapie cellulaire. Enfin, le professeur Bart Staels dont l'unité INSERM focalise ses travaux sur la pharmacologie moléculaire du diabète et ses complications cardiovasculaires.
Autant de laboratoires, dotés de chercheurs et d'ingénieurs qui, désormais, formalisent leur collaboration au sein d'un nouvel institut.


« Il s'agit de trois des meilleures équipes mondiales sur le sujet et notre ambition, sur ce concept original, est de devenir leader mondial dans cette recherche essentielle », espère Jean-Benoit Duburcq, chef du projet EGID (European genomic institute for diabetes) pour qui « les retombées en santé publique pour la région sont évidentes ». En permettant de passer plus rapidement de la recherche fondamentale à l'application clinique et thérapeutique.

Une épidémie

De fait, le Nord - Pas-de-Calais sait de quoi il parle avec le diabète. Il est en tête des régions touchées avec 6,5 % de sa population qui en est affectée contre 5 % de moyenne nationale. Le professeur Philippe Froguel, diabétologue et chercheur, le constate « c'est la maladie emblématique du 21e siècle. Elle est très liée à l'épidémie d'obésité et elle est en progression fulgurante ». Un tiers des enfants américains nés ce siècle seront diabétiques et auront une espérance de vie inférieure à celle de leurs parents. « La France est à peine meilleure », ajoute le professeur Froguel pour qui « la Sécurité sociale recense 3 millions de diabétiques en France, mais ils sont probablement 4 à 4,5 millions ». Et « le diabète étant lié à de nombreux facteurs, dont la pauvreté, ce n'est pas avec la crise que le nombre de diabétiques va diminuer... » Reste que les facteurs environnementaux ne sont pas les seuls responsables et c'est là que la recherche entre en jeu.
Ces dernières années, la génétique a beaucoup progressé et les chercheurs savent désormais dresser la carte d'identité du génome du diabète (depuis 2007) mais il faut aller plus loin. « On va pouvoir faire beaucoup mieux », assure le professeur Froguel et notamment « comprendre le rôle des gènes du diabète ».
« Nos trois équipes travaillent déjà étroitement ensemble mais nous allons regrouper ici des acteurs d'une recherche devenue très complexe et qui demande beaucoup de moyens », ajoute Bart Staels qui y voit la possibilité de « rassembler une masse critique intellectuelle et de créer des grands projets ». Et un moyen d'attirer aussi d'autres chercheurs à Lille, là où les laboratoires académiques peuvent nouer des relations privilégiées avec le monde industriel, via le pôle santé-nutrition et les entreprises de biologie high-tech installées notamment sur le site d'Eurasanté.
À côté de ces équipes sur la recherche fondamentale, le service du professeur Pattou a mis au point de nouvelles thérapies pour lutter contre les deux types de diabète. Il se dit persuadé qu'« il n'y a pas de fatalité dans le domaine du diabète », comme le démontrent les premiers résultats des nouvelles techniques mises au point dans son service. Passé le stade des expérimentations animales, des patients ont déjà bénéficié de nouveaux traitements. Comme
Christelle Franchomme
chez qui on a transplanté des cellules pour restaurer son « usine à sécrétion d'insuline » en panne depuis son enfance. Elle n'est aujourd'hui plus dépendante des injections quotidiennes d'insuline alors que, comme le rappelle le Pr Pattou, « on pensait cette maladie définitive ».

Hypothèses nouvelles

Pour le diabète de type 2 (celui qui ne frappe pas dès l'enfance), la chirurgie fait également ses preuves. « Des essais cliniques qui, même marginaux, ouvrent la voie à des concepts et donnent aux laboratoires des hypothèses nouvelles ». Dans une logique d'« aller-retour entre laboratoires de recherche fondamentale et de recherche clinique ». Tout l'esprit d'EGID dont Daniel Percheron, président de la Région qui y participera financièrement, assure qu'il a pesé quand il a fallu décrocher le label Campus international pour nos universités. Celle de Lille 2 étant au cœur de ce nouvel institut.

Comment la recherche a changé leur vie de diabétique

L'une est atteinte de diabète 1, l'autre de diabète 2. Tous deux voyaient leur vie handicapée par la maladie et ses complications de plus en plus lourdes. Ils ont bénéficié de toutes nouvelles techniques élaborées à Lille. Et ils vont bien ! Il a beau être lui-même chirurgien, donc a priori au fait des problèmes médicaux, il n'avait pas vu venir ce qui lui est tombé sur la tête. Certes, le Dr Bahrati Dezfoulian savait qu'il avait pris trop de poids et que son terrain familial n'était pas des meilleurs. Ses quatre grands-parents atteints de diabète 2, ses parents aussi. « Mais j'ai découvert que j'étais touché un peu par hasard. J'avais ignoré les signaux d'appel, pas toujours faciles à interpréter ». La maladie évoluait silencieusement. Il avait le choix entre un traitement conventionnel à l'insuline et « agir plus fort ». Il a choisi la deuxième option. Le professeur Pattou, au CHRU de Lille, cherchait quelqu'un de son âge pour une opération sur l'intestin qui consiste à créer un « court circuit ». Une technique déjà éprouvée dans le traitement de l'obésité mais dont le professeur Pattou pressentait qu'elle pouvait aller au delà pour les diabétiques. De fait, avec 30 kilos en moins 14 mois après l'intervention, Bahrati Dezfoulian est en bonne santé. « Je ne dis pas que je suis guéri mais en rémission ». Christelle Franchomme, elle, est diabétique de type 1 depuis l'âge de 10 ans. Pendant 25 ans, son diabète était relativement équilibré avant qu'il ne se mette à dérailler. Devenu brutalement complètement instable, il provoquait des complications oculaires, rénales, de graves hypoglycémies assorties de comas. « Ma vie était complètement chamboulée », raconte-t-elle. Son frère, également diabétique, entend parler de greffes de cellules expérimentées à Lille. Elle se porte volontaire. Dès la première, les hypoglycémies disparaissent. « Fini les comas, le Samu, les pompiers... ». À la deuxième, elle aurait pu arrêter l'insuline « mais ce n'était pas parfait ». Une troisième greffe et aujourd'hui « je ne prends plus du tout d'insuline, je n'ai plus de complications, plus d'hypoglycémies du tout ». Si sa vie a été « un peu perturbée » l'année des greffes du fait du très lourd suivi quand il s'agit d'essais cliniques, aujourd'hui Christelle Franchomme ne peut que se féliciter d'avoir osé : « c'est une réussite complète pour moi ».   FL.T.

Le diabète, une maladie aux lourdes complications

La malbouffe et la sédentarité favorisent le développement d'un diabète de type 2. Pour le type 1, c'est l'usine à production d'insuline qui est en panne dès l'enfance. Une maladie aux complications bien identifiées. De type 1 ou 2, le diabète traduit une élévation anormale du taux de glucose dans le sang. Cette anomalie est due à une insuffisance ou une mauvaise utilisation de l'insuline. Le diabète est une maladie grave qui, sans traitement approprié, peut être à l'origine de maladies cardiaques, de la cécité, de l'impuissance, voire d'amputations. Pour les personnes non atteintes de diabète, la glycémie oscille en permanence entre 0,50 et 1,50 gramme par litre de sang. La glycémie apporte l'énergie aux différents tissus de l'organisme. Si le taux de glucose dans le sang reste stable, même après un repas ou un effort physique, c'est qu'il existe un système régulateur complexe dans lequel l'insuline joue un rôle primordial. Selon les recherches en cours, le diabète 2 aurait des origines génétiques mais la maladie se déclenche souvent lorsque facteurs génétiques et environnementaux s'allient pour le pire. Le mauvais équilibre du diabète est responsable de complications dégénératives, et notamment l'altération des parois des vaisseaux artériels et capillaires. C'est la plus grande cause de mortalité des diabétiques. Le risque de maladies cardiaques est de 3 à 6 fois plus élevé chez le diabétique que dans l'ensemble de la population. On estime que les diabétiques représentent 25 % de tous les nouveaux cas de maladies détruisant le rein et nécessitant une hémodialyse chronique. Le diabète est également la première cause de cécité dans les pays industrialisés. Source : Doctissimo.fr

ÉCLAIRAGE

EGID : un concept original Egid (European genomic institute for diabetes), l'Institut qui se crée à Lille, va permettre le développement et l'ancrage dans la région d'une recherche de renommée internationale et pluridisciplinaire qui - et c'est son originalité - associe les compétences scientifiques et médicales de la recherche fondamentale à la recherche thérapeutique appliquée au malade. Sa mission prioritaire sera d'identifier les facteurs de risques des diabètes, de comprendre les mécanismes d'apparition de ses complications, afin de prévenir cette maladie invalidante et de mieux traiter les patients. Au sein d'EGID, trois équipes de recherche réputées et complémentaires (lire ci dessus) et une collaboration entre CNRS, INSERM, université de Lille 2, le CHRU de Lille et l'Institut Pasteur. De quoi conquérir un leadership mondial dans ce domaine. Abrité au début dans les locaux de l'ancienne faculté de médecine sur le CHR, EGID disposera d'ici trois ans d'un nouveau bâtiment pour concentrer sur un même site toutes les recherches et y accueillir des équipes de chercheurs de niveau international.  FL.T.

 

 

 



 

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