L'euthanasie

 

 

"Oui" à une loi qui encadre l'euthanasie

Plus de neuf Français sur dix sont favorables à une loi autorisant l'euthanasie, pratiquée sous certaines conditions. Un sujet complexe, sur le plan médical, social… et moral. Explications

Ce n'est pas un sujet binaire. Malheureusement, les questions des sondeurs le sont. C'est du moins ce qu'éprouve Benoît Burucoa, chef du service des soins palliatifs au CHU de Bordeaux, qui regrette aussi que l'Ifop n'ait pas évoqué le thème de ces soins dans son questionnaire. Promoteur infatigable de ces pratiques qui ont pour mission de soulager la douleur afin d'améliorer la qualité de fin de vie des personnes atteintes d'une maladie grave, évolutive ou terminale, le médecin réagit à la lecture du sondage que l'Ifop a réalisé à l'intention de « Sud Ouest Dimanche » (lire ci-contre).

« On meurt mal en France »

Une enquête qui montre qu'une très grande majorité de Français semblent favorables à l'euthanasie réalisée par un médecin et envisagée dans le cadre d'une loi.

« Certaines personnes souffrant de maladies insupportables et incurables demandent parfois aux médecins une euthanasie […]. Selon vous, la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes […] si elles le demandent ? » À cette question, ils ont été 94 % à répondre « oui », dont 36 % « oui absolument » et 58 % « oui dans certains cas ». Ce score témoigne, par rapport à un sondage identique réalisé en 2001, d'une évolution de + 8 % des réponses positives, évolution que l'institut de sondage a détaillée (lire encadré).

Reste que la question est extrêmement complexe et exige recul et réflexion. Le débat ne se résume pas à l'opposition entre partisans des soins palliatifs et adhérents de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Claude Hury, ancienne présidente de l'ADMD, vient de créer l'association Ultime Liberté, qui milite pour la légalisation de l'« auto-délivrance assistée ». « On nous bassine avec des propos sur la dépendance, estime-t-elle, mais on ne fait rien sur les fins de vie interminables et douloureuses. » Et de constater que, « lorsque les cas ne sont pas médiatisés, on meurt toujours mal en France ».

Depuis quelques années, les politiques se sont également emparés du débat. C'est ainsi qu'une proposition de loi relative a été déposée à la présidence du Sénat, le 13 octobre dernier, par un groupe de sénateurs, dont Guy Fischer, Odette Terrade et Robert Hue, qui demandent « l'euthanasie volontaire, comme une dernière liberté à conquérir ». Considérant que « la loi Léonetti (lire ci-dessous) a permis au patient de passer du rôle de spectateur à celui d'acteur de sa maladie », ils plaident pour « la liberté d'être les acteurs de leur propre mort ».

Claude Hury, en créant un courant plus radical au sein de l'ADMD, devenue, selon elle, « frileuse », estime de son côté qu'« il ne faut plus que ce soient les médecins qui décident ».

« Le pire des palliatifs »

Sur ce thème, quel est le point de vue du personnel médical, souvent en première ligne, avec les familles ? Dans le service d'accompagnement et de soins palliatifs de l'hôpital Saint-André à Bordeaux, ce personnel dispense d'abord, comme l'explique Marie-Noëlle Gombert, infirmière, « des soins à ce corps qui va de moins en moins bien ». Et il entend aussi, comme l'affirme le docteur Bernard Paternostre, « les questions existentielles des patients pour que leur vie ait encore du sens ». Ce médecin vient de passer au chevet d'un homme qui, usé par trop de souffrance - et sans doute mal informé sur les droits que lui donne la loi Léonetti, - a essayé il y a quelques jours de se suicider. « Depuis que nous lui administrons des soins palliatifs, il est beaucoup plus serein. », dit-il. L'infirmière et le praticien notent d'ailleurs que les patients semblent avoir moins peur de la mort que de la souffrance et de l'abandon. Et ils estiment, avec leur chef de service, le docteur Burucoa, que l'euthanasie « est le pire des palliatifs » : « Il éteint les flammes de la souffrance immédiate, mais les braises du deuil et de la culpabilité restent vives. »

De son côté, un ancien élève de l'École nationale de santé publique, Éric Holcma, a consacré un ouvrage à cette nouvelle aspiration à l'euthanasie, qu'il juge sévèrement (lire interview). Lui, il est vrai, envisage la question sur le plan économique et social. Et, lorsqu'il rentre dans le domaine moral, pose une question dérangeante : « Qu'est-ce qui justifie que l'on donne la mort à quelqu'un qui est en mesure de se suicider ? »

Une loi née de « l'affaire Humbert »

Adoptée en avril 2005, la loi relative aux « droits des malades et à la fin de vie » a été proposée et défendue par le député UMP d'Alpes-Maritimes Jean Léonetti.

Sans marquer une révolution, elle introduit quelques points nouveaux, notamment avec son premier article sur les actes de prévention et de soins. La loi s'oppose à l'acharnement thérapeutique et elle stipule que le médecin peut être amené, en dernier recours, à utiliser un traitement pouvant provoquer la mort du malade. Il doit alors avertir et prévenir la famille ou la personne de confiance que le patient à désignée.

Voici ce qu'indique le début de l'article premier de la loi : Les actes de prévention et de soins « ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris. Dans ce cas, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins visés à l'article L.1110-10 (soins palliatifs). »

La loi Léonetti est née de « l'affaire Marie Humbert », cette mère de famille qui, avec le chef du service de réanimation de l'hopital de Berck, le docteur Frédéric Chaussoy, avait, en septembre 2003, mis fin à la vie de son fils Vincent, victime en septembre 2000 d'un grave accident de la route qui l'avait laissé aveugle, muet et tétraplégique. C'est lui-même qui avait réclamé le droit de mourir, notamment dans une lettre au président de la République d'alors, Jacques Chirac.

En janvier 2004, le docteur. Chaussoy et Marie Humbert avaient été mis en examen, le premier pour « empoisonnement avec préméditation » et la seconde pour « administration de substances toxiques ». Les deux accusés ont toujours assumé leur acte et ont provoqué un débat éthique et législatif sur le thème de l'euthanasie, aboutissant à l'adoption d'un « droit à laisser mourir » par le parlement français en avril 2005. Un non-lieu avait été délivré en février 2006.

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